Le couronnement de Charles III se déroule samedi 6 mai. Cet événement historique sera suivi dans le monde entier en direct. Pourquoi sommes-nous “encore” fascinés voire passionnés par ces cérémonies qui semblent d’un autre temps, et de quoi l’hypermédiatisation de cet événement est-elle le signe ? 

Le couronnement d’Elisabeth a eu lieu le 2 juin 1953. C’était un événement mondial : la première cérémonie diffusée internationalement à la télévision. Il s’agissait des vrais débuts du direct. 

Des personnes ont acheté des postes de télévision pour cette occasion, tandis que d’autres se sont rassemblées devant les vitrines des magasins ou dans les cafés pour suivre cet événement mondial. 

70 ans plus tard, où en sommes-nous ? 

Le temps à passé, le monde a connu de multiples crises, les monarchies font moins rêver  et pourtant, le couronnement de Charles III est un immense événement : les chaînes de télévision “cassent leur antenne” comme on dit, pour être en direct tout au long de la journée de samedi. Des reporters du monde entier sont sur dans les starting block pour ne rien louper de cette journée hors normes et fastueuse, pour commenter les tenues des invités triés sur le volet, pour “faire vivre” au public cet événement. 

Alors pourquoi sommes-nous “encore” intéressés voire parfois fascinés ou passionnés par ces cérémonies qui semblent d’un autre temps, et de quoi cette hypermédiatisation est-elle le signe ? 

Comme dans une fiction…

La monarchie renvoie à des récits qui ont bercé notre enfance (mais si, souvenez-vous : “il était une fois une princesse, bla bla…”) : on nous a raconté des contes de fées, on en raconte à notre progéniture, cela fait partie des fondements de notre rapport au récit. Comme l’a montré Vladimir Propp dans “Morphologie du conte”, des lois régissent et structurent les récits, avec un certain nombre d’invariants (des interdits, des tromperies, des héros, un mariage, un trône…). Nous connaissons des schémas narratifs structurés et assez classiques, et “une bonne histoire” correspond globalement à ces schémas. 

… mais “pour de vrai”

Sauf qu’ici, la “bonne histoire” existe “pour de vrai” : elle est faite de personnages que l’on fréquente pour ainsi dire depuis toujours : la Reine, le Prince Charles, Diana et son funeste destin, leurs enfants, la future Reine Camilla qui occupa pendant longtemps le rôle de la “vilaine belle-mère”. Que l’on aime ou pas la monarchie, rares sont les personnes qui ne connaissent pas ces personnes qui prennent la forme de personnages semblant tout droit sortis de l’imagination d’un auteur de fiction : on peut avoir nos héros préférés, et ceux que l’on aime détester (team Kate et William ou team Meghan et Harry ?). 

Cette famille, que l’on suit depuis si longtemps, fait donc partie de notre patrimoine culturel : il y a comme une familiarité entre eux et nous, tout autant qu’une distance qui distingue, comme le disait Edgar Morin, les stars des personnes ordinaires. Il y a donc de ce point de vue un aspect fascination/répulsion qui nous mène à suivre leurs aventures. 

La vie a souvent plus d’imagination que la fiction. Et celle de la famille royale britannique n’a pas dérogé à cette règle. Le succès de la série The Crown en est le témoin, et les scénaristes n’ont pas eu à faire preuve de beaucoup d’invention, les cliffhangers étant fournis par le réel.   

Vivre ensemble 

Le couronnement de Charles III aura ceci de commun avec celui d’Elisabeth qu’il aura lieu en direct devant des millions de téléspectateurs. Le direct garde ici son pouvoir : il rassemble, il répond à un besoin de “faire communauté”, de partager un moment autour de normes et de valeurs.

Le direct permet cette mise en contact et en relation qui parfois fait défaut dans une société souvent divisée. Il s’agit d’une construction sociale qui reste passionnante à observer. 

Virginie Spies.  

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